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Louis Pouzin : « les bases d’Internet sont complètement obsolètes »

Posté le : 3 juin 2013 par Fabrice Godeau Aucun commentaire

L'ingénieur français qui fait partie des pères fondateurs d'Internet estime qu'il faut entièrement repenser le réseau et que la neutralité du Net est illusoire dans la configuration actuelle.

Le Français Louis Pouzin est, avec Tim Berners-Lee, Vinton Cerf et Robert Kahn, considéré comme l'un des pères fondateurs de l'Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui. Dans les années 1970, cet ingénieur polytechnicien issu de l'industrie (Bull, Simca) avait créé Cyclades, un réseau maillé d'ordinateurs pour la recherche, basé sur la commutation de paquets. Des travaux qui ont inspiré par la suite Vinton Cerf pour le développement du protocole TCP/IP. La contribution de Louis Pouzin a été internationalement reconnue en mars dernier lorsqu'il a reçu le prix Reine Elizabeth d'Ingénierie conjointement avec Robert Kahn, Vinton Cerf, Tim Berners-Lee et Mark Andreessen. Cette récompense leur a été attribuée au titre de leur apport majeur à la création et au développement d'Internet et du Web.

Interrogé sur l'avenir du réseau des réseaux, Louis Pouzin (82 ans) conseille de faire désormais table rase.
«Les bases que nous avons jetées sont complètement obsolètes. Même si les Etats-Unis sont réticents face à cette perspective, pour des raisons de perte de souveraineté, l’Internet doit aujourd’hui être refait de fond en comble par la communauté internationale. Nous avons perdu une certaine unicité de pensée. Plus on corrige, plus on introduit de possibilités d’erreurs. Des sites comme Google ou Amazon ne sont pas réellement interopérables. Avec Facebook, Twitter, les e-mails, etc. les noms propres sont un véritable bordel. Vous ne savez pas à qui vous vous adressez. »

La neutralité du Net, ça ne veut rien dire

 

«En matière de sécurité, nous n’avons pas la moindre idée convaincante. Des hackers pourraient paralyser entièrement un pays. Il n’y a aucun standard, ce n’est pas satisfaisant. Il faudrait mettre la fonction de sécurité à la base du système. De même, l’Internet pourrait prendre en charge lui-même la qualité et la rapidité du trafic. Aujourd’hui, c’est une tâche qui revient aux opérateurs de télécommunications qui, au passage, font de chaque usager un râleur potentiel. Il n’y a pas de neutralité du Net, ça ne veut rien dire dans la configuration actuelle.»

Dans le même dossier des Echos, Stéphane Bortzmeyer de l'Afnic se montre lui beaucoup plus prudent (ou réaliste) sur la possibilité de construire un réseau tout neuf compte tenu du poids de l'existant. Espérons que la commission Innovation 2030 mise en place le mois dernier par François Hollande et présidée par Anne Lauvergeon, se saisisse de la question et que les chercheurs français prennent toute leur part dans la prochaine révolution du Net.
 
Source : L'informaticien
 
Pour aller plus loin : Interstices

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